Prose/Romans
• Pourquoi cours-tu après la goutte d'eau ? (prosoèmes) , avec des dessins de Mahi Binebine , Al Manar , 2006.
Laâbi
livre ici un ensemble de textes, à mi-chemin de la prose et de la poésie
- d'où leur appellation générique de prosoèmes -,
qui témoigne de son engagement au service d'un humanisme poétique
n'excluant ni vigilance ni fantaisie.
• Les Rides du lion, Messidor, 1989 ; La Différence, Minos, 2007 (couverture de Mahi Binebine ; édition revue par l'auteur)

• Le Fond de la jarre, Gallimard, 2002
Le
Fond de la jarre est assurément le livre que j’ai écrit
avec le plus de jubilation. Je le portais en moi depuis longtemps, et souvent
je me suis demandé si j’allais pouvoir le réaliser. Le
défi était rude : comment, au vu de l’abondante littérature
autobiographique d’hier et d’aujourd’hui, faire œuvre
imprévue, reliant d’une part le vécu à l’Histoire
et à l’état de la société, et faisant place
d’autre part à l’imagination sous la surveillance bienveillante
de la mémoire ? La réponse est survenue grâce au ton qui
s’est imposé presque naturellement, tendrement ironique, facétieux
à souhait, servi par une langue française accueillant pour l’occasion
à bras ouverts ma langue natale, celle populaire de la ville de Fès.
Du coup, la « comédie humaine » dont j’ai été,
enfant, l’un des protagonistes, pouvait être rejouée (avec
tambours et trompettes, c’est le cas de le dire) à plus d’un
demi-siècle de distance, probablement pour une ultime représentation.
Le Fond de la jarre en est l’enregistrement, et le «
master », comme on dit en jargon technique. Alléluia, l’humanité
de mes origines est ainsi sauvegardée, joyeusement !
• Le Chemin des ordalies, Denoël, 1982 ; La Différence Minos, 2003 (édition revue par l’auteur)
Nous
sommes au Maroc, en 1980. L’homme qui parle dans ce récit sort
de prison. Sa voix est celle d’un être dédoublé :
d’une part, l’ancien prisonnier qui garde en lui, inoubliable,
le souvenir de l’univers carcéral ; d’autre part,
le détenu à peine libéré qui retrouve l’espace,
la lumière, ses semblables, qui s’étonne, s’émeut,
se réinsère peu à peu dans le mouvement du siècle.
Qui a retrouvé aussi sa femme, la fidèle compagne lointaine
des années sombres, et c’est l’occasion pour l’auteur,
dans un tout autre registre, de doubler sa narration de pages lyriques d’une
force contenue exceptionnelle.
« Maître de son art, Laâbi met à nu notre désir
inavouable d’en savoir plus sur la souffrance des autres, et nous confronte
à nos misérables habitudes de lecteur frivole en explorant simultanément
les ténèbres et la lumière aveuglante, en caressant d’une
même main l’espoir et la désillusion, en traitant la chronologie
comme matière convulsive. »
Le Nouvel Observateur
• L'Œil et la Nuit, Atlantes (Casablanca), 1969 ; La Différence Minos, 2003 (édition revue par l’auteur)
Si
l’on excepte Le Règne de barbarie (recueil de poèmes
écrit entre 1965 et 1967), L’Œil et la nuit représente
pour moi une sorte d’acte de naissance littéraire. Publié
en 1969 au Maroc au moment où le mouvement de la revue Souffles
battait son plein, ce livre a été un véritable manifeste.
Par sa forme comme par son contenu, il opérait une subversion dans
le champ littéraire de l’époque et poussait sans ménagement
l’expérience de l’écriture au seuil de l’inconnu.
Aventureux, orphelin de modèles, je pense qu’il a contribué
à l’œuvre de décolonisation culturelle et permis
à la littérature marocaine de s’insérer sans complexe
dans l’aventure de la modernité. Si j’en parle ainsi (sans
fausse modestie), c’est qu’aujourd’hui je suis en mesure
d’être aussi un lecteur comme les autres de ce récit.